Atelier "Vestiges" Eve ROSSET

Céramiste

Je ne crois pas aux frontières entre les arts, encore moins au cinglant et académique clivage entre art et artisanat.
J’ai pour espoir que s’entremêlent au gré des formes que je modèle et des couleurs que je déploie, la multitude de mes passions ; leur nécessité. Musique, danse, littérature, mode, cinéma, photographie, dessin, peinture, nature.

Une attirance certaine pour la gourmandise et la cuisine m’a menée dans un premier temps à bouder la fade et blanche vaisselle industrielle, impropre à révéler la couleur, les saveurs ainsi que l’odeur des mets préparés.
Puis, lorsqu’est venue l’heure de meubler mon petit appartement du 18ème, la passion des brocantes, des objets anciens, des vestiges dénichés grâce au regard s’imposa à toutes mes fins de semaines, arpentant sans relâche les puces de Saint-Ouen, toutes proches.
Je ne percevais -aussitôt- que ce qui était réalisé minutieusement à la main. L’artisanal et le Personnel. La plupart du temps, je rapportais de mes pérégrinations des poteries, vagabondes et sans signature, anonymes. Ces formes imparfaites et bosselées, parfois sublimement ratées, aux brulures d’émaux, me firent pousser la porte d’un atelier de modelage à quelques rues de chez moi. Et ce fut l’évidence d’une matière, soudainement, qu’il me semblait avoir modelée depuis si longtemps déjà dans la peau de mes ancêtres, bien plus familière et douce que le bois, les boyaux et les crins de mon violon qui m’avait accompagnée l’enfance durant.

Puis il y eut Fleur et soudainement environnées de nature, la grande maison m’ouvrit ses secrets. Une pièce servant jadis de débarras fut transformée en atelier et sa fenêtre ancestrale, ne fut jamais remplacée. Le bois des deux battants ne s’imbrique que bancalement. Quant aux carreaux, certains étaient brisés depuis longtemps. L’hiver, le vent, la pluie et le froid surtout, s’y engouffrent. L’automne, ce sont les feuilles mortes qui jonchent les dalles, au sol et l’eau de pluie, petit à petit. Au printemps, les merveilleuses et odorantes fleurs de glycine, de toute part dégoulinent des embrasures de la fenêtre. L’été, il fait parfois très chaud, mais la terre sèche vite et les fours s’enchaînent.
La création à l’atelier, traversée des lumières de cette fenêtre de ruines et de débris, se nourrit de la contemplation d’une nature sauvage et poreuse. Sans elle, suprême beauté ; quelles autres inspirations imaginer ?

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